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Bagarres de cours de recréation, socialisation enfantine et régulation des violences

Référence

Boxberger, C. & Carra, C. (2014). Bagarres de cours de recréation, socialisation enfantine et régulation des violences. Enfances & Psy,62(2), 38-49.

Résumé

La cour de récréation est souvent perçue comme un lieu de violence gratuite où règne la loi du plus fort. Les adultes y interviennent souvent peu, lorsqu’ils estiment qu’il y a danger physique pour l’élève. Les auteurs signalent l’importance de ce contraste — l’encadrement strict des élèves dans la classe vs la faible régulation des espaces hors de la classe —. Les données ont été recueillies selon une double approche méthodologique : une approche quantitative et une approche ethnographique. L’échantillon était composé de 2000 élèves de 31 écoles primaires en France. L’objectif de cette étude était donc de mieux comprendre les logiques d’action qui poussent les élèves à s’engager dans des confrontations physiques dans la cour de récréation. Plus précisément, Boxberger et Carra se sont posé les questions suivantes : Quelles sont les pratiques qui dominent ? Quelles sont celles qui sont vécues comme des violences par les élèves ? À quelles logiques répondent-elles ? Que révèlent-elles des modalités de socialisation enfantine ? Pour répondre à ces questions, ces chercheurs conçoivent la violence scolaire comme un type d’interaction sociale possible en se plaçant du point de vue des élèves eux-mêmes. La violence était donc celle qualifiée comme telle par les élèves. Les catégories de violence ont été constituées a posteriori, à partir du récit des violences que les élèves ont fait, en tant que victime et/ou auteur.

 

Parmi les élèves se déclarant victimes de violence, 71,9 % disent que leur victimisation a eu lieu dans la cour ou sous le préau de l’école; parmi les élèves déclarant être auteurs de violence, 71,7 % disent avoir commis leurs actes dans la cour ou sous le préau de l’école. Loin d’une violence « gratuite », les observations en cours de récréation et les entretiens réalisés avec les enfants font apparaître les enjeux sous-jacents aux confrontations physiques tout en dévoilant une socialisation avec ses normes et ses valeurs : se battre pour rire et pour affirmer sa grandeur; les bagarres comme une réponse à l’ennui, comme une réponse adaptative au rétrécissement de l’espace récréatif ainsi qu’à l’interdiction d’introduire des objets de jeu en ce lieu, se battre pour appartenir à un groupe, etc. L’analyse des données montre également que les régulations internes sont privilégiées pour faire respecter les normes de la socialisation du groupe et défendre les valeurs sur lesquelles elles reposent. Les élèves qui s’en éloignent sont alors rejetés faisant apparaître la nécessité de régulations institutionnelles. Pour conclure, les auteurs mentionnent qu’en se plaçant du point de vue des élèves, ils ont pu découvrir une socialisation dont l’enjeu est la reconnaissance sociale. L’école, son fonctionnement, les enseignants, leurs pratiques, peuvent contribuer à la production de cette reconnaissance en s’appuyant sur certaines des valeurs sur lesquelles repose cette socialisation, la justice et l’autonomie notamment.

Axe
Axe 1 : Les individus concernés par le phénomène